Promouvoir des espèces de cultures négligées et sous-utilisées

La FAO et le Consortium africain des cultures orphelines unissent leurs forces pour protéger de précieuses ressources alimentaires

Une femme nettoie des semences de Moringa au Niger. Le Moringa est une plante aux utilisations multiples. Toutes les parties du Moringa sont comestibles.

28 août 2017, Rome - Les cultures oubliées au cours du siècle dernier refont surface. Des scientifiques et des décideurs politiques commencent maintenant à reconnaître la valeur de ce que l’on appelle les «cultures orphelines», confirmant ainsi ce que les communautés locales ont toujours su depuis des générations. L’igname africain, les dattes du désert et le Ber (un arbre plutôt solide caractérisé par ses baies riches en vitamines) amplifient le paradigme: bien que non commercialisées à l'échelle internationale, ces cultures se développent uniquement dans leur environnement local et jouent un rôle prédominant en matière de contribution aux différents régimes alimentaires qui existent en Afrique subsaharienne.

 Sous-utilisées et négligées, considérées comme étant des cultures «mineures» ou «prometteuses», les cultures orphelines ont été négligées par la recherche, les services de vulgarisation et les décideurs politiques car les gouvernements tendent rarement à allouer des ressources pour leur promotion et leur développement. Conséquence: les agriculteurs en ont planté moins souvent, entraînant ainsi un accès restreint aux semences de haute qualité et une perte du savoir traditionnel.

Les espèces négligées et sous-utilisées l’ont été par ceux qui en ont le plus besoin. Parmi les 30 000 espèces de plantes comestibles, seules 30 sont utilisées pour nourrir les gens à travers le monde.

Ces cultures, pourtant négligées et sous-utilisées, peuvent contribuer à diversifier la production alimentaire, en ajoutant de nouvelles espèces à nos régimes alimentaires, ce qui aurait pour effet d’améliorer notre apport en nutriments particuliers (à savoir en aminoacides essentiels, en fibres et en protéines).

En plus de diversifier notre apport nutritionnel, les cultures négligées et sous-utilisées offrent des avantages économiques et environnementaux. Les agriculteurs peuvent les faire pousser toutes seules au sein de leur système de rotation ou les planter entre d’autres cultures, protégeant et améliorant ainsi l’agrobiodiversité, depuis leur champ. Avoir un plus large choix d'espèces dans un système de rotation de cultures permet aux agriculteurs de créer un système de production plus durable. En changeant les espèces d’un système de rotation des cultures, le cycle de certains parasites et maladies est perturbé et le risque d’infestations est par conséquent limité.

Des agriculteurs récoltent du teff en Ethiopie. Le teff fait partie des cultures sous-utilisées et est originaire de l’Ethiopie et de l’Erythrée. ©FAO/Giulio Napolitano

«En élargissant le portfolio des cultures disponibles pour les agriculteurs, nous pouvons aider à bâtir des systèmes de culture plus diversifiés et résilients», a déclaré M. Ren Wang, Sous-Directeur général de la FAO. «La FAO souhaiterait encourager les investissements dans la recherche et l’amélioration de la productivité, de l’adaptabilité et de l’utilisation des cultures négligées», a-t-il ajouté, annonçant que de nouveaux efforts allaient être entrepris afin de promouvoir une plus grande utilisation des espèces de cultures négligées et sous-utilisées et leurs variétés à travers le continent africain.

La FAO, le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) et d’autres partenaires ont convenu de travailler ensemble en vue de renforcer les capacités des pays membres de la FAO et de recentrer leurs recherches et leurs efforts en matière de développement sur les systèmes de sélection des plantes et de livraison des semences.

Le Consortium africain des cultures orphelines (AOCC), fondé par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et Mars Incorporated, vont procéder au séquençage des génomes de 101 cultures africaines sous-utilisées et mettre ces informations à disposition du public. L’AOCC forme également des scientifiques africains spécialisés dans les plantes afin de rendre les cultures et leurs variétés plus nutritives mais également d'améliorer leurs rendements et leur capacité de résistance face aux effets du changement climatique.

De jeunes plants de Moringa dans une pépinière, en Tanzanie. Toutes les parties du Moringa sont comestibles. ©FAO/Daniel Hayduk

« Cette collaboration vise à améliorer la sécurité alimentaire du continent africain grâce a des scientifiques africains et à l’aide des meilleurs outils et équipements disponibles sur le marché afin que tous puissent profiter d’aliments sains, nutritifs et à un prix abordable et ce sur une base durable » a déclaré M. Tony Simons, Directeur général de l’ICRAF dont l’organisation fournit des services de secrétariat, un laboratoire et des salles de classe à l’AOCC.

« Ces nouvelles données permettront aux spécialistes de la reproduction végétale d’utiliser les mêmes techniques que celles utilisées dans les cultures en Europe, à l’image du maïs par exemple et de faire rapidement progresser les cultures africaines » a ajouté M. Simons. Le baobab, dont les fruits sont riches en calcium et les feuilles régulièrement prisées pour préparer des sauces en Afrique de l’ouest, font partie des cultures étudiées à l’ICRAF.

Ces récentes initiatives rentrent dans le cadre du Deuxième plan d’action mondial de la FAO pour les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture et du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, qui vise à promouvoir la conservation et l’utilisation durable des espèces négligées et sous-utilisées.

Cette initiative permettra de sensibiliser le public sur le potentiel des cultures négligées et sous-utilisées dans des systèmes de production de cultures plus productifs et durables, résilients face aux effets du changement climatique.

Sur leur route vers la rivière Mangoky, à Madagascar, ce groupe de personnes passe devant des baobabs. Les feuilles de baobab et leurs fruits sont des sources de nourriture pour les gens et servent de fourrage pour les animaux.©FAO/Aris Mihich




       

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