L’OIM publie un rapport sur les arrivées de migrants exploités sexuellement, principalement originaires du Nigéria

Ces quelques dernières années, l’OIM en Italie a vu augmenter de près de 600 pour cent le nombre de victimes potentielles d’exploitation sexuelle arrivant en Italie par la mer. Cette tendance à la hausse s’est poursuivie pendant les six premiers mois de 2017, la plupart des victimes provenant du Nigéria.

C’est l’une des principales conclusions d’un nouveau rapport publié par l’OIM, l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, intitulé La traite d’êtres humains sur l’itinéraire de la Méditerranée centrale, publié en italien cette semaine (21 juillet) par le Bureau de coordination de l’OIM pour la Méditerranée à Rome. Une version en anglais sera disponible prochainement.

Le rapport conclut également que l’exploitation sexuelle concerne de plus en plus de filles plus jeunes – souvent mineures – qui sont déjà victimes de violences et de mauvais traitements en route vers l’Europe. D’après l’OIM, 80 pourcent des filles arrivant du Nigéria sont des victimes potentielles de traite à des fins d’exploitation sexuelle. Elles sont passées de 1 454 en 2014 à 11 009 en 2016.

Le rapport repose sur des données recueillies par l’OIM aux points de débarquement et dans les centres d’accueil pour migrants dans les régions du sud de l’Italie, où l’Organisation identifie les victimes potentielles et aide celles qui, une fois identifiées, décident d’échapper à leurs bourreaux et d’accepter l’aide de l’OIM.

« La traite est un crime transnational qui détruit les vies de milliers de personnes et provoque des souffrances indicibles », a déclaré Federico Soda, Directeur du Bureau de coordination de l’OIM pour la Méditerranée. « C’est un sujet sur lequel nous travaillons depuis des années, déterminés à protéger les victimes, prévenir le crime et collaborer avec les autorités compétentes. »

« Le rapport détaille les activités de l’Organisation face à ce phénomène : les difficultés à protéger les victimes et les principales vulnérabilités identifiées parmi plusieurs cas de personnes aidées par l’OIM. Nous souhaitons également raconter les histoires de personnes qui ont reçu l’aide de l’OIM pour mettre en lumière la vraie nature de cette forme douloureuse et haineuse d’esclavage. Nous pensons qu’en plus d’analyser ces données, il devient urgent d’examiner, d’une part le marché que ces jeunes filles alimentent, et d’autre part, la demande croissante de services sexuels rémunérés », a ajouté Carlotta Santarossa, chargée de projet de l’OIM.

 

Le personnel de l’OIM présent en Sicile et ailleurs rencontre les victimes de traite potentielles dès qu’elles foulent le sol italien. Cela permet à l’OIM de dresser une liste d’indicateurs utiles pour identifier les victimes de traite potentielles parmi les nouveaux arrivants. Ces indicateurs reposent sur les informations recueillies lors d’entretiens individuels et collectifs avec les migrants. Ils sont décrits de façon générale dans le rapport, accompagnés d’histoires recueillies par le personnel de l’OIM lors de leurs activités.

Les principaux indicateurs sont :

  • Le sexe : la plupart des victimes sont des femmes ;
  • L’âge : la plupart des victimes sont jeunes et souvent mineures, âgées de 13 à 24 ans (en 2016, l’âge des victimes de traite les plus jeunes avait baissé) ;
  • La nationalité : il est important de faire ressortir les particularités du cas des victimes de traite du Nigéria, non seulement de l’Etat d’Edo mais aussi de différentes régions du pays (Delta, Lagos, Ogun, Anambra et Imo sont les Etats d’origine qui, outre l’Etat d’Edo, sont les plus cités par les Nigérians rencontrés par l’OIM) ;
  • Le bien-être psychosocial : Dans un environnement collectif, les victimes de traite sont généralement les plus soumises et silencieuses. Parfois, elles sont à l’évidence contrôlées par d’autres migrants qui parlent pour elles ou qui refusent de laisser le personnel de l’OIM s’entretenir avec elles en privé.

 

D’autres indicateurs de traite émergent lors d’entretiens approfondis avec les migrants. Par exemple, certains migrants affirment n’avoir rien payé pour leur périple car quelqu’un d’autre a payé pour leurs déplacements. Lorsque le personnel de l’OIM identifie une victime de traite potentielle, il lui explique qu’il est possible d’avoir accès à certains mécanismes de protection et, avec le consentement de la victime, le personnel de l’Organisation peut renvoyer la victime de traite vers un numéro d’assistance gratuit. Si la personne est d’accord, le personnel de l’OIM fournit une aide pour remplir un rapport et le communiquer aux autorités chargées de l’enquête.

Les activités sur le terrain démontrent que la plupart des victimes de traite ne souhaitent pas, en tout cas au début, révéler leur expérience ou profiter des programmes de sécurité proposés par l’OIM et les institutions locales. Il existe de nombreuses raisons à cela, notamment les liens qui unissent les victimes de traite à leurs trafiquants, le contrôle qu’exerce l’accompagnant (par exemple, madame ou boga) sur les victimes, ou la croyance selon laquelle les victimes de traite ne peuvent pas violer le serment prêté lors d’un rituel vaudou ou un rite d’initiation (la victime est déterminée à respecter son engagement). Enfin, il existe un sentiment de responsabilité envers la famille qui entraîne souvent la crainte de représailles sur la famille de la victime restée dans le pays d’origine.

Très souvent, les jeunes femmes que le personnel de l’OIM rencontre ont subi des violences sexuelles pendant leur périple. Elles souffrent d’importants traumatismes et sont en détresse psychologique.




       

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