L’ECOSOC clôt son débat de haut niveau et réitère l’engagement des États à mettre en œuvre « en toute efficacité et sans exclusive » le Programme 2030

Les rideaux sont tombés aujourd’hui sur le segment de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) qui, comme l’a fait hier son Forum politique de haut niveau pour le développement durable*, a adopté formellement la Déclaration ministérielle sur le thème de l’élimination de la pauvreté.

« Nous, ministres et hauts représentants, nous engageons à continuer de mettre en œuvre, en toute efficacité et sans exclusive, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à prendre des mesures audacieuses et porteuses de transformation pour mettre fin à la pauvreté partout dans le monde, en touchant les plus défavorisés en premier et en veillant à ne pas faire de laissés pour compte ».

Plusieurs intervenants ont expliqué leur position.  Les États-Unis ont prévenu que, selon leur entendement, la Déclaration ministérielle, un document non contraignant, ne crée ni d’obligations ni de droits.  Les pays doivent s’atteler à la mise en œuvre du Programme 2030, conformément à leur situation et à leurs spécificités, ont ajouté les États-Unis, appuyés par le Viet Nam.  L’Iran a d’emblée annoncé son intention d’assurer le suivi des objectifs de développement, « dans le respect des normes et valeurs nationales ».  La Fédération de Russie a regretté que pour la deuxième année consécutive, la Déclaration ministérielle n’ait pu être adoptée sans vote.  Cette tendance, a-t-elle mis en garde, aura des retombées négatives sur l’image du Forum politique de haut niveau et la promotion du développement durable.  Il faut redoubler d’efforts pour trouver une solution mutuellement acceptable et assurer le consensus, a-t-elle encouragé.

Comme hier avec le Forum politique de haut niveau, les 54 membres de l’ECOSOC ont, à leur tour, adopté la Déclaration ministérielle après des votes séparés, à la demande des États-Unis et d’Israël, sur le paragraphe 4 qui parle de l’autodétermination des peuples vivant sous occupation et le paragraphe 21 qui évoque l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Le premier a été adopté par 30 voix pour, l’opposition de l’Australie et des États-Unis et 18 abstentions; et le second par 32 voix pour, l’opposition des États-Unis et 16 abstentions.

Israël a dénoncé un libellé « contestable » dans le paragraphe 4, « une politisation » que les États-Unis ont également dénoncée.  Quant au paragraphe 21, ces derniers ont rejeté la référence à l’OMC.  Le Japon et l’Australie ont aussi douté d’un paragraphe « déséquilibré » et « trop concentré » sur les questions financières.  Le Mexique a dit ne pas comprendre l’hésitation de certaines délégations quand il s’agit de l’aide financière internationale.  Les États-Unis se sont en outre dissociés du consensus sur le paragraphe 7 qui parle de l’Accord de Paris et des changements climatiques.

Nous sommes, ont dit les États-Unis, déterminés à réduire les émissions de gaz à effet de serre, tout en assurant nos besoins énergétiques.  Le Président Donald Trump a annoncé la décision de se retirer de l’Accord de Paris mais il reste ouvert à une renégociation de la participation des États-Unis.  Les États-Unis ont aussi regretté l’absence de la question de la traite des êtres humains, dans la Déclaration ministérielle et se sont dits déçus que la question des droits des femmes et des filles n’ait pas été assez soulignée. 

Le Nigéria a plutôt déploré l’absence de la nécessaire lutte contre les flux financiers illégaux.  Au nom du Groupe des 77 (G77) et de la Chine, l’Équateur a réitéré les observations faites hier, tout comme le Venezuela et le Mexique.  Le Saint-Siège a vu dans la Déclaration ministérielle « un document équilibré » même s’il a précisé que l’avortement ne saurait faire partie de la santé génésique.  En outre, a insisté le Saint-Siège, le genre résulte de différences biologiques et non d’une construction sociale.  Pour le Viet Nam, le paragraphe 8 sur la diversité dans les villes et les établissements humains est un peu déconcertant car il ne correspond en rien aux discussions menées pendant cette session.

L’ECOSOC, qui termine ainsi son segment de haut niveau, a mené ses travaux parallèlement à son Forum politique de haut niveau pour le développement durable.  Le Forum s’est réuni pendant 10 jours et, outre ses tables rondes sur l’élimination de la pauvreté, il a examiné la mise en œuvre des 17 objectifs et 169 cibles du Programme 2030 dans 43 pays. 

Au nom de l’Alliance des petits États insulaires en développement (PEID), les Maldives ont dit avoir appris beaucoup du partage des expériences.  L’approche collective est la seule solution, ont-elles estimé.  Le Mexique a voulu que l’on garantisse l’indépendance des 15 scientifiques chargés de rédiger le premier rapport de mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Il s’est demandé pourquoi ils ont été convoqués à Long Island plutôt que d’être ici à Manhattan pour entendre les préoccupations des Etats membres.   

Entre le segment de haut niveau de l’ECOSOC et le Forum politique de haut niveau, ce sont 65 ministres qui se sont succédé à la tribune et 2 458 acteurs qui ont participé à quelque 147 manifestations parallèles et spéciales dont le Forum des entreprises.  Les grands groupes ont pris une part active aux rencontres, eux qui, identifiés en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio regroupent les peuples autochtones; les femmes; les enfants et les jeunes; les syndicats; les agriculteurs; les autorités locales, la communauté scientifique et technologique; le commerce et l’industrie; et les ONG.

Le Secrétaire général aux affaires politiques, M. Wu Hongbo, a estimé que les débats du Forum politique de haut niveau ont été l’occasion de transmettre  quelques grands messages.  Le premier est que l’élimination de la pauvreté doit rester la priorité pour assurer le développement durable.  Le deuxième est que le Programme 2030, le Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement, l’Accord de Paris et le Cadre de Sendaï sur la réduction des risques de catastrophes constituent un cadre d’ensemble pour éradiquer la pauvreté.  Le troisième est que le développement durable et ses trois piliers –économique, social et environnemental- sont devenus la norme, et le quatrième est qu’il faut assurer un suivi « participatif et inclusif » de la mise en œuvre des objectifs fixés.  

La Déclaration ministérielle, a conclu le Président de l’ECOSOC, M. Frederick Shava du Zimbabwe, nous poussera à accélérer la mise en œuvre du Programme 2030 et à mobiliser les ressources nécessaires, 3 000 milliards de dollars selon certains.  Il faudra, pour ce faire, changer les mentalités et réfléchir à la manière de concrétiser la promesse d’une croissance équitable et durable.  L’accès universel à la santé et à l’éducation seront la clef.




       

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